Cesar M. Lorenzo, « Le mouvement anarchiste en Espagne. Pouvoir et révolution sociale. Don quichotte en bleu de chauffe », Editions Libertaires, 548 p., juin 2006, 35 euros.
L’Espagne est le seul et unique pays d’Europe Occidentale qui ait connu une révolution populaire au XXe siècle. Une révolution sociale, économique, culturelle. D’inspiration libertaire. La plus radicale, peut-être, de tous les temps ! César M. Lorenzo nous en explique le pourquoi et le comment. Il montre, en analysant les luttes de classes qui la précédèrent, que ses origines comme ses contradictions dataient des années 1870 au moins. Que cette révolution à nulle autre pareille ait été vaincue en moins de trois ans n’enlève rien à l’importance de l’événement, mais explique la " conspiration du silence " dont elle fut victime. C’est connu, l’histoire " officielle " est toujours celle des vainqueurs. Et les libéraux comme la gauche jacobine ne se sont pas privé de réduire la dénommée " guerre civile " à un simple affrontement entre le fascisme et la démocratie. A un simple prélude à la deuxième guerre mondiale. Les anarchistes, quant à eux, n’en ont retenu que ce qui les arrangeaient et, forts des réalisations autogestionnaires des paysans et des travailleurs de l’industrie, ont largement occulté ce qui les dérangeait : les exactions de bandes armées " d’incontrôlés ", le chaos initial des comités locaux ou de gestion, la contre révolution montante des classes moyennes, le nécessaire partage du pouvoir dans un Etat républicain que les militants ouvriers ne pouvaient ni abolir ni conquérir, les raisons profondes de la mainmise stalinienne, la vaine contre-offensive finale d’une CNT " désanarchisée "...