Publié pour la première fois en 2001, ce recueil
de textes du Québecquois Normand Baillargeon
nous plonge au coeur de sa vision de la société.
La plupart de ces articles ont été publiés dans la presse
alternative de la Belle Province. Les sujets traités sont
parfois exclusivement nord-américains ou spécifi quement
canadiens, voir québecquois, mais l’analyse n’en
est pas moins intéressante et/ou transposable chez
nous.
Si le titre en soi est tout un programme, on retrouve
dans l’article éponyme (quelques pages durant lesquelles
il bat en brèche le papier d’un journaliste acquis
à la cause néo-libérale) un condensé des principaux
chevaux de batailles de Baillargeon. Pour l’auteur,
l’anarchisme doit être critique et vigilant mais également
porteur de solutions. Critique et vigilant, il l’est,
à la Chomsky, vis-à-vis des médias, des intellectuels
et de toute la machine à fabriquer le consentement
populaire au profi t d’un néo-libéralsime insatiable.
Baillargeon a écrit « Le petit traité d’auto-défense intellectuelle
» et sa « théorie » est mise en pratique dans
ces articles : un regard critique sur les chiff res, les annonces
et autres grandes professions de foi. Il démonte
un à un les discours idéologiques sans fondements et
émaille ses propos de nombreuses références. Qu’elles
soient puisées dans la littérature libertaire, dans des
traités de l’OMC ou bien dans l’histoire, ces insertions
étayent et illustrent son discours. Sans jamais tomber
dans un simplisme facile, Baillargeon a l’art de présenter
clairement les choses.
Le dernier article présente les travaux du militant Michael
Albert avec le professeur Robin Hahnel de l’université
de Washington sur un modèle d’économie participative
(The Political Economy of Participatory Economics).
Un modèle économique dont les racines vont
puiser dans la culture libertaire et les coopératives, où
les maîtres-mots sont équité, autogestion, solidarité et
variété. Un travail colossale qui étudie avec rigueur les
possibilités d’existence concrète d’une économie alternative
dépassant le niveau local ou régional.
L’anarchisme de Normand Baillargeon tend vers un
monde égalitaire où chaque individu est responsable
parce qu’il n’est pas asservi par son éducation, son patron,
les médias, ni l’objet de toutes les convoitises du
néo-libéralisme. Et même s’il garde une part « d’utopie
» dans ses propos, Baillargeon a les deux pieds bien
sur terre et sa pensée est bien ancrée dans son époque
et surtout, il refuse et récuse le fatalisme qu’on nous
assène depuis plus de trente ans.
Normand Baillargeon, Les chiens ont soif, Instinct de
liberté, Lux, 2010.