L’Etat redistribue les richesses, il maintient l’ordre social, il édicte des lois qui protègent les travailleurs et même les plus faibles. Il organise des structures de solidarité, la santé, les retraites, l’éducation, les transports. Il est la cage qui nous protège des appétits féroces des financiers.
Mais l’Etat dessine aussi des frontières ; des frontières pour les êtres humains mais pas pour les marchandises. Il libéralise le marché et criminalise les sans-papiers. Il protège les multinationales et renfloue les banques. Il maintient un ordre social inique, manipule et désinforme. Il démonte les acquis sociaux, déforme l’Histoire, fabrique des armes, construit des prisons, tue impunément, désapprend le vivre-ensemble et piétine la démocratie.
Alors… l’Etat, bon ou mauvais ? Allié ou ennemi ? La question n’a pas de sens. Car derrière la grande machine, il y a des gens, vous, moi, eux, avec dans la tête des hiérarchies, des soumissions, des renoncements, des rêves d’Ubu, des désirs de carrières ou simplement des aspirations à « juste bien faire son travail ». Ce sont précisément ces schémas qu’il s’agit de questionner, de démonter, de bousculer, de coincer, de perturber, de brocarder, de frapper, de choquer, de délégitimer. D’en rire à en pleurer, ou d’en pleurer de rage.
Par ces chemins de traverse, l’on découvre surtout que l’Etat n’a pas le monopole de la « cohésion sociale ». S’organiser, s’entraider, s’éduquer, se soigner, se défendre, construire, c’est toujours possible. Entre nous. Il suffit de l’imaginer, puis de s’y mettre.