Hélas rien de nouveau au royaume des Tsars. La violence continue de frapper de plein fouet les militants antifascistes sous le regard bien peu regardant des autorités russes. Après l’assassinat de l’avocat Stanislav Markelov (qui a entre autre défendu la cause d’Anna Politkovskaia) et de la stagiaire Anastasia Babourova (militante antifasciste) en février dernier, c’est au tour de Ivan “Vanya Bonecrusher” Khutorskoy de tomber sous les coups de Néo-nazis moscovites.
Vanya était actif sur la scène redskin-punk de longue date. Mais il était également juriste de formation et une connaissance de Stas Markelov qu’il était sans doute un jour amené à secondé tant ce dernier était débordé. Les confrontations physiques entre les antifascistes et l’extrême-droite sont nombreuses en Russie et Vanya n’avait pas peur de défendre ses idées et ses amis. Il était même plutôt craint de ses ennemis qui ont tenté à plusieurs reprises de l’assassiner (attaques au rasoir, au tournevis, au couteau) mais jusque-là, Vanya s’en était toujours remis. Un skinhead (« bonehead ») a donc eu recours à une arme à feu pour parvenir à ses fins.
Le contexte russe est particulièrement dur pour les antifascistes. Afficher ouvertement de telles idées en rue peut facilement conduire à des problèmes avec l’extrême droite mais aussi la police ou les « jeunesses poutiniennes ». Depuis la première guerre de Tchétchénie, son discours xénophobe et son nationalisme exacerbé, le racisme s’affiche de plus en plus. Les actes de violence se sont multipliés envers tout qui ne ressemble pas à un « Russe » : Caucasiens, Asiatiques, Africains mais aussi bien sur les antifascistes. Pour l’année 2008, il y aurait eu 87 morts et 378 blessés des suites d’agressions à caractère raciste. Le gouvernement déplore et condamne ces évènements mais noie le poisson en préférant parler de « hooliganisme ». Malgré que des meurtriers soient condamnés de temps à autre , le pouvoir en place s’accomode fort bien de ces groupes ultra-nationalistes sur son territoire et la justice semble peut préoccupée par ces crimes.
Dans le contexte actuel, l’économie russe, bien que plus indépendante sur le plan international, reste très fragile. Les licenciements et le non payement des salaires ont augmenté et avec eux la grogne sociale. Mais en Russie la contestation politique est très mal vue, le droit de grève battu en brèche et l’image d’une nation forte mise en avant. Les fascistes de tous bords se révèlent donc être très utiles pour s’opposer, à moindre frais et en sauvegardant les apparences, aux contestataires. Quoi de mieux que ces chiens de garde pour faire le sale boulot, à savoir s’en prendre physiquement à la seule frange de gauche organisée du pays et tenter de la réduire au silence.
Vous pouvez retrouver des informations sur l’antifascisme en Russie et entre autre une interview de Vanya ci-dessous :
http://www.avtonom.org/index.php ?sid=5