Pour peu, on pourrait croire qu’une nouvelle ère arrive. La politique s’inquiète de l’opinion publique et fait de la pédagogie. La communication a remplacé les idées et grâce à elle, chaque citoyen est bien (dés)informé de ce qu’on va lui faire avaler. Les forums (soi-disant) participatifs se multiplient sur les débats de société (le nucléaire, les nanotechnologies, etc ...) et nous sommes tous conviés à y prendre part. Bref, le citoyen est au coeur du débat et nos « élites » sont toutes ouies. De l’autre côté, les grandes marques se mettent à l’heure du « green » car elles aussi veulent sauver la planète si c’est vraiment ce que veulent les clients (le client est roi). Le marketing fait d’ailleurs tout pour nous le faire savoir. Qui peut encore ignorer que les nouvelles voitures sont écologiques, que l’énergie peut être verte ou que la nourriture peut être bio ? Même le capitalisme change et régule ses paradis fiscaux ou les bonus de ses traders ! Le citoyen est couronné, il est l’objet de toutes les attentions, de toutes les préventions, de toutes les protections ! Jamais citoyen n’aura autant été au centre du monde, jamais le monde n’aura autant été à la portée du citoyen, jamais le citoyen n’aura autant fait le monde ! Et pourtant, à y regarder de plus prêt, s’il est vrai que les caméras sont braquées sur nous, ce n’est peut-être pas pour nous offrir gracieusement notre quart d’heure de gloire warholien.
Le monde change donc, ou plutôt ce sont ces moyens qui changent. Les technologies font de grands bons en avant et multiplient les voies d’expression possibles. Le message a-t-il pour autant évolué (à défaut de changer) ? C’est ce que voudrait bien nous faire croire nos « élites » mais il faut bien se rendre à l’évidence, seule la forme s’est modifiée. Mais a-t-elle eu vraiment le choix ? L’accès grandissant à l’information n’autorise plus autant de libertés qu’autre fois. La multiplication des émetteurs permet une plus grande diversité de point de vue et il faut désormais convaincre lorsqu’il ne fallait qu’annoncer. Convaincre le citoyen-roi que tout ce qui est fait ne tend que vers son intérêt supérieur, son bien-être, sa sécurité, son bonheur ... dans les limites du possible. Le citoyen-roi fantoche a donc tout le loisir de contempler son auguste nombril pendant que les maires du palais travaillent au bien de leurs empires.
Mais si nos « élites » ont dû modifier la forme de leur discours, c’est bien que des brèches sont apparues dans leurs belles façades et qu’elles avaient un potentiel suffisant pour mettre en danger leurs grands édifices. Grâce à la facilité d’accès à l’information et aux techniques, les projets alternatifs se multiplient et se structurent de plus en plus, au point de ne pouvoir être comptés comme quantité négligeable. Et si les plus « commercialisables » sont toujours bien vite récupérés (par rachat ou par copie), il ne faudrait pas grand chose pour que chacun puisse abandonner les circuits officiels souvent réducteurs au profit de projets qui lui conviennent vraiment. Tout est une question de choix. Le changement ne peut venir du sommet qui jamais ne remettra en jeu son pouvoir. Le changement ne peut venir que de celles et ceux qui ont tout à gagner, que de celles et ceux qui légitimement devraient réclamer la fin du pillage orchestré par les dirigeants à leur seul profit. Ici et maintenant !