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Accueil du site > ARTICLES > Rwanda : Il y a 15 ans, un génocide totalement évitable.
Article publié le 17 mai 2009.

Le 3 avril 1994, le Rwanda sombre dans la folie meurtrière. Le génocide, programmé de longue date et qui fera près de 1000.000 morts sera perpétré dans l’indifférence la plus totale. Indifférence non assumée par beaucoup, tout comme la responsabilité de l’ONU et d’autres pays riches, en particulier l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis ou encore la France.

Le 3 avril 1994, le Rwanda sombre dans la folie meurtrière. Le génocide, programmé de longue date et qui fera près de 1000.000 morts, sera perpétré dans l’indifférence la plus totale. Indifférence non assumée par beaucoup, tout comme la responsabilité de l’ONU et d’autres pays riches, en particulier l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis ou encore la France.

Un « génocide » est avant tout un crime d’Etat (c’est ce qui le différencie d’un « massacre » ou d’une « épuration ethnique »). Plusieurs éléments sont nécessaires pour rapprocher un génocide de la « perfection » (comme le génocide des Tutsis).
- La haine tout d’abord : contrairement aux clichés répandus (médias, politiques [1], …), les tensions ethniques entre Hutus et Tutsis ne sont pas ancestrales. Même si des rivalités existaient avant la colonisation, celles-ci résultaient d’avantage d’un rapport entre classes plutôt qu’entre ethnies. Hutus et Tutsis correspondaient en effet plus à des niveaux de prestige différents et n’étaient pas hermétiques. A partir de 1883, la colonisation, allemande puis belge, va changer la donne en accroissant le pouvoir de la minorité Tutsie à des fins de contrôle, et en ethnicisant les catégories sociales en s’inspirant des méthodes « scientifiques » racistes de l’époque. On va donc introduire les concepts biosociologiques du sang et de la race qui dominaient en Occident dans une société en voie d’acculturation qui les intégrera progressivement [2]. Les Belges intensifieront de nouveau ce système en imposant la carte d’identité avec la mention de l’ethnie.
- La propagande : tout génocide est le fruit d’une intense propagande étatique. Le génocide rwandais n’échappe pas à la règle puisqu’une intense propagande sera à l’œuvre pendant plus de 40 ans pour dénoncer « l’ennemi de l’intérieur ». Celle-ci sera bien évidemment appuyée par l’Etat qui évincera progressivement tous les Tutsis de l’administration (Armée, Police, …), appuiera le principal média du génocide : la Radio des Milles Collines formera les milices de quartier, …. Cette propagande conduit à partir de la fin des années 80 à des massacres de plus en plus planifiés, sans réactions des démocraties libérales occidentales. L’impunité dont bénéficient les auteurs va sans conteste ouvrir la porte à des tueries de plus grande ampleur pour arriver au génocide en 1994.
- Le basculement : l’assassinat du président Hutu rwandais servira de prétexte pour débuter le génocide. Bien que les commanditaires de cet assassinat n’aient toujours pas été identifiés avec certitude, ce qui importe est le caractère systémique de la chose. Les premiers massacres (d’abord de Hutus modérés) vont commencer le soir même, sur base de listes préétablies. La première ministre hutu modérée fera partie des premières victimes, ainsi que les 10 Casques Bleus belges chargés de l’escorter. Ce fait va rapidement provoquer le retrait de la majorité des forces restantes de l’ONU par les pays concernés (Belgique, USA, France, …) excepté pour rapatrier leurs ressortissants, en laissant les populations tutsies à leur triste sort. Il ne restera qu’un contingent de quelques centaines d’hommes mandatés par l’ONU avec pour ordre de n’intervenir qu’en cas de légitime défense, ordres magnifiquement respectés.
- Une complicité internationale : plus loin que cette complicité passive, d’autres pays ont une responsabilité beaucoup plus importante dans cette tragédie. On peut citer l’Egypte, la Chine, les USA ou encore la France qui, à travers leurs entreprises, ont continué de fournir des armes au gouvernement génocidaire en toute connaissance de cause. Les choses vont encore plus loin en ce qui concerne la France. En effet, celle-ci a joué un rôle des plus importants dès la fin des années 80. Cette époque montre le début de la guerre civile rwandaise entre le gouvernement Hutu et le Front Patriotique Rwandais (FPR) constitué majoritairement de Tutsis réfugiés en Ouganda désireux de rentrer chez eux. La France va instantanément soutenir le gouvernement extrémiste, à travers notamment un soutien logistique et financier, des formations militaires, tout en fermant les yeux sur les dérives déjà bien présentes de l’Etat rwandais. Ce soutien durera jusqu’à la fin du génocide quand, en juin 1994 [3], la France va se décider à intervenir avec l’Opération Turquoise. Cette opération, lancée officiellement pour faire cesser les massacres, a en réalité pour but de stopper le FPR et/ou de permettre aux génocidaires rwandais de fuir vers le Congo voisin. Cet objectif officieux sera une réussite parfaite et aura des conséquences dramatiques sur les populations de l’est du Congo, et ce jusqu’à aujourd’hui.

Par conséquent, lorsque l’on évoque le génocide rwandais, il faut bien avoir à l’esprit que ce désastre était loin d’être une fatalité. Les faits étaient connus et cachés par des gouvernements clamant à qui veut l’entendre les principes des droits de l’homme, …. Il faut savoir que même si certains pays ont présenté leurs excuses (les USA, la Belgique, l’ONU), la politique française de l’époque (sous Mitterrand) est loin d’être assumée encore aujourd’hui. Aucunes excuses publiques de la part de la France n’ont été faites à ce jour.

Outre la gravité des faits, il est regrettable de constater encore aujourd’hui, de part et d’autres, des abus par rapport à la mémoire du génocide [5]. Tels les partisans du droit d’ingérence qui prétexte l’inaction au Rwanda pour justifier des invasions comme celle d’Irak ou de l’Afghanistan ou encore l’actuel président rwandais Paul Kagamé, qui justifie la défense des Tutsis pour interdire l’opposition politique et soutenir des seigneurs de guerre tels Laurent Nkunda. Par ailleurs, on constate également la persistance d’un négationnisme destiné à minimiser les faits ou encore à occulter la part de responsabilité de gouvernements impliqués. Ainsi, des autorités françaises en poste à l’époque évoquent fréquemment l’idée de double génocide ou de massacres de masses, réfutant par là toute planification étatique.

Tous ces éléments rendent l’avenir du Rwanda particulièrement incertain. Il est cependant primordial d’établir une fois pour toute la vérité sur cette affaire, de manière à ce que chacun des acteurs de l’époque se retrouvent face à ses responsabilités. N’oublions pas qu’un génocide est avant tout un complot qui nécessite une importante complicité, nationale et internationale, et nous pousse inévitablement à s’interroger sur la question de la légitimité de l’autorité et de l’obéissance ainsi que de ses ambiguïtés.

[Skat Mayo]

Notes. 1. « Un génocide, dans ces pays là, ce n’est pas très important » François Mitterrand à propos du génocide rwandais. Le Figaro du 12/01/1998 2. GOUTEUX, Jean-Paul, La Nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide du siècle, Paris, L’Esprit Frappeur, 2002. 3. Près de 3 mois après le début de génocide. 4. La même remarque peut-être faire à propos de la dette du Rwanda, contractée en grande partie par le régime extrémiste Hutu et qui étouffe toujours actuellement l’économie du pays. 5. Voir à ce propos l’ouvrage de Patrick de Saint-Exupéry : L’inavouable.

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