Le 13 décembre, une nouvelle étape a été franchie dans la violence néonazie. Cette fois, c’est un responsable de la police de Bavière connu pour sa lutte contre l’extrême droite qui en a été la cible. Il a été agressé au couteau à son domicile même, à Passau, et n’a échappé que de peu à la mort.
Le 13 décembre, une nouvelle étape a été franchie dans la violence néonazie. Cette fois, c’est un responsable de la police de Bavière connu pour sa lutte contre l’extrême droite, Alois Mannichl, qui en a été la cible. Il a été agressé au couteau par un skinhead à son domicile même, à Passau, et n’a échappé que de peu à la mort.
Cette tentative de meurtre vient une nouvellement fois souligné la logique mortifère du néonazisme. Les nostalgiques du IIIe Reich ne respectent l’Homme que s’il s’agit d’un « Ubermensch » ; l’ordre ne leur convient que si c’est un « ordre nouveau ». Des hommes sans conscience dans une main de fer, voilà leur programme d’hier et celui de demain.
L’agression relance la question de l’interdiction du parti néo-nazi NPD, qui avait échoué en 2003. Le président de la commission des Affaires intérieures du Bundestag s’est déclaré favorable à une telle interdiction. Cette solution avait été proposée l’an dernier après la ratonnade menée contre des Indiens en ex-RDA.
Manif en septembre 2007.
Skinheads du NPD, chauves à l’intérieur
Mais interdire le NPD ne changerait rien au problème de la violence néonazie, selon le « Tageszeitung ». Au contraire. S’il est contraint à l’illégalité, le pas pour devenir un mouvement terroriste armé d’extrême droite sera encore plus facile à franchir. C’est possible mais on imagine néanmoins mal le NPD abandonner basculer de la tactique électorale à l’illégalisme et à la lutte armée. Ne risque-t-il pas plutôt de réapparaître sous un autre masque, sous un autre nom, un peu comme le Vlaams Blok l’a fait en devenant le Vlaams Belang après la condamnation par les tribunaux de certains de ses satellites ? (Pour poursuivre cette analyse, lisez l’interview de Jérôme Jamin, spécialiste de l’extrême droite)
Ce débat fait écho à celui qui se déroule en Tchéquie suite à la manifestation très violente de 600 naziskins du Parti ouvrier qui entendaient s’en prendre aux Roms de Litvinov, le 17 novembre. La police s’était alors interposée (lire : « Tchéquie - Montée de la violence néonazie. Interdiction du Parti ouvrier ? »). L’une des questions posées par ces faits rejoint celles qui se posent en Allemagne : une interdiction — si elle se justifie par la protection de la démocratie contre une parti fasciste qui la menace — ne risque-t-elle pas de provoquer un emballement de la violence ? Selon Miroslav Mareš, spécialiste des questions d’extrémisme, estime en effet qu’« On peut s’attendre à ce que l’interdiction du Parti ouvrier ait pour conséquence des actions radicales de force. A mon sens, il est donc désormais particulièrement important d’observer les tendances et les préparations à la violence qui pourraient émerger sur la scène néonazie ».
Alors, quelle piste suivre ? Celle de la condamnation systématique des délits commis par l’extrême droite et en particulier par le NPD ? Cela suffira-t-il à endiguer la vague néonazie en Allemagne, comme ailleurs ? Ou ne faudrait-il pas remonter aux sources économiques - entre autres - de ce phénomène social ?
D’ici à ce qu’une décision soit précise, l’extrême droite sera en tout cas placée sous une surveillance accrue en Bavière, d’après le ministre de l’Intérieur de ce land.
Violence contre les policiers
Avant de l’agresser, l’homme a dit au policier : « Salutations de la résistance nationale. Espèce de cochon de flic de gauche, tu ne traîneras plus jamais autour des tombes de nos camarades ». Une allusion à la cérémonie houleuse d’enterrement d’un ancien responsable néo-nazi, cet été. Des militants d’extrême droite avaient alors enterré un engagé volontaire dans les Waffen SS, avec un drapeau portant une croix gammée, symbole interdit en Allemagne. Après la cérémonie, les policiers emmenés par Alois Mannichl avaient fait rouvrir la tombe pour en enlever le drapeau.
Après les incendies visant de foyers pour étrangers, après les mines antipersonnelles destinées à des Roms, après les ratonnades contre les étrangers, après les tabassages d’antifascistes... la « nouvelle stratégie » des milieux d’extrême droite consiste « à s’en prendre directement aux policiers », estime le syndicat de la police GdP. « Les collègues engagés dans la lutte contre l’extrême droite (...) sont harcelés chez eux », a expliqué le président du syndicat, ajoutant que ces militants étaient « de plus en plus violents ».
« Contre le bruit des bottes et le silence des pantoufles,
résister c’est créer ! »
Le Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD) est représenté dans deux parlements régionaux de l’ex-RDA. Il est globalement bien implanté dans cette région où il s’appuie sur un fort taux de chômage.
La lutte contre l’extrême droite passe par un travail en profondeur contre les préjugés et l’idéologie nationaliste mais aussi contre les conditions économiques dégradées qui peuvent en constituer le lit.
Sources : Dépêche AFP du 16/12/08 et « Deutsche Welle » du 16/12/08.