Tant qu’on a la santé ! Médecine et soins à l’ère du technolibéralisme
Définie par l’OMS comme « un état de complet bien-être physique, social et mental », la santé est de plus en plus réduite à la simple absence de maladie ou d’infirmité. Les maladies professionnelles n’ont jamais été aussi répandues, le nombre de cancers environnementaux explose et les laboratoires pharmaceutiques planifient tranquillement la médicalisation de l’ensemble de la population (des bambins suractifs aux vieux et vieilles assignés en maisons de retraite), mais la médecine moderne continue d’apparaître comme un savoir providentiel, seule réponse possible aux souffrances mentales et physiques.
Au « prendre soin » originel s’est substitué le « faire fonctionner » scientifique, qui ne voit dans le corps humain qu’une simple machinerie à entretenir : catégoriser les symptômes et les douleurs, rationaliser l’hôpital et quantifier les soins, pour balayer au final d’un revers de blouse blanche toute velléité d’autonomie, qu’il s’agisse de corps malades ou de praticiens réfractaires aux réformes sanitaires.
L’idéologie libérale d’un être humain – en droit – égal à ses semblables, mais – de fait – seul face à un système économique en quête perpétuelle de rentabilité, épouse parfaitement la toute-puissance rationalisatrice de la technologie : la dépossession des savoir-faire médicaux au profit des machines rejoint celle des savoir-être par l’industrie pharmaceutique et maintenant hospitalière.
À la perte d’autonomie des malades dans leur rapport à eux-mêmes s’ajoute les angoisses produites par une société atomisée où tout manquement aux impératifs d’efficacité et de productivité est le signe d’une faiblesse et donc d’un mal à traiter. Derrière cette techno-médecine et sa quête obsédée de l’immortalité se cache une profonde haine de l’humain, de son essence et de sa faillibilité.
Puisque nous sommes tous des malades en devenir, initier la réappropriation de notre santé (autant que de nos maux) est indispensable pour espérer s’accomplir, non comme seuls « vivants », mais bien comme humains à part entière.

Au sommaire :
Analyses :
De nouvelles formes de conflictualité sociale
Nudité des femmes : liberté ou contrôle ?
Socialisme ou Barbarie ?
Histoire :
Matériaux pour un « contre-manifeste individualiste-révolutionnaire »
En lutte :
Contre le TGV
Dossier Tant qu’on a la santé ! :
L’hôpital public : mort sur ordonnance
Le technolibéralisme, à l’assaut de l’hôpital
La mort, la vie et la technologie
Médecine moderne ne rime pas forcément avec santé
Pourquoi j’ai quitté l’industrie pharmaceutique
La médecine, cheval de Troie du posthumain
Les vieux c’est nous
Naître au pays
Se doper pour vivre
Devenir immortel
Horizons :
Y a-t-il une Chine après les Jeux Olympiques ?
Entretien :
L’Association, la bande dessinée qui sort des cases
Alternatives :
La Rôtisserie, solidarité au menu
Contre-culture :
Livres, Musique, Arts vivants – cinéma