L’action de désobéissance civile non-violente, festive et symbolique pour la diminution de la pression publicitaire et à la reconquête de l’espace public au profit des citoyens se déroulera ce samedi 29 novembre à 11h en face de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles, près du buste de Baudouin Ier (proximité gare centrale). [2]
Quel est le but de votre collectif ?
Le but premier de notre collectif est d’interpeller les pouvoirs publics sur la colonisation publicitaire de l’espace public, et d’agir jusqu’à ce que la situation évolue positivement. Nous avons établi des revendications qui déterminent aussi ce que nous jugerions être une évolution positive en matière d’invasion publicitaire : nous demandons que la quantité de pub diminue par deux au profit de l’affichage citoyen. Notre intention est donc de continuer nos actions tant que la quantité de pub n’aura pas significativement diminué et tant que les grandes marques disposeront de plus de place que les citoyens pour s’afficher légalement dans l’espace public. C’est une question de respect des libertés fondamentales, notamment celle du droit à la liberté d’expression. Notons en outre que ce droit à la liberté d’expression ne peut pas être conditionné par « la fortune » c’est-à-dire par les moyens financiers des personnes, et que l’affichage citoyen devrait donc être gratuit – ce qui n’empêche pas qu’il soit réglementé pour que cela ne devienne pas non plus n’importe quoi.
Ce faisant, nous voulons aussi attirer l’attention du public, c’est-à-dire de chacun, sur le problème que pose l’invasion publicitaire dans l’espace public. Nous voulons participer à ouvrir un débat sur la place de la pub dans la société et sur le déséquilibre en matière de liberté d’expression : il n’est pas normal qu’une multinationale puisse nous matraquer de milliers de messages manipulateurs alors que nous n’avons pas le droit de faire un graffiti.
Pouvez-vous nous dire quels sont vos principaux reproches adressés à la publicité ?
Nous nous adressons à la publicité commerciale, commerciale seulement, et nous ne voyons pas beaucoup de bonnes choses dans ce type de propagande, avatar de la folle concurrence qui fait la promotion d’une consommation incessante et devenue largement problématique dans son mode de production. La pub est le carburant idéologique de l’économie capitaliste mondialisée. Sans entrer dans les détails, nous observons que la publicité commerciale est imposée aux personnes qui ne peuvent donc pas choisir de recevoir ou non ce type de message manipulateur. Pire, on ne peut pas répondre à la pub qui matraque pourtant ses messages sans relâche. En ce sens, on est face à une machine à tendance totalitaire.
Notons encore que l’idéologie unique portée par la pub commerciale est celle du bonheur par la consommation, du « tout est à vendre ». Le bain culturel généré par la pub est un désastre mental, social et environnemental. Mental : la pub met toujours en avant l’avoir plutôt que l’être et entretient la frustration pour stimuler l’achat compulsif. Social : la pub pervertit les valeurs qui nous permettent de vivre ensemble et promeut activement des modes de vie basés sur l’individualisme, l’égoïsme et la domination de l’Autre.
Environnemental : on sait que si tout le monde consommait comme nous, il faudrait trois planètes. La pub nous incite à consommer toujours plus : en cela elle contribue à un épuisement accéléré des ressources et hypothèque gravement les équilibres naturels, nous rapprochant toujours plus vite d’une crise totale, et ceci n’est pas une pub cachée, foi de cacheur !
A qui profite la publicité ? Qui l’organise ?
La pub a une fonction marchande qui sert en premier lieu les
entreprises qui commandent les campagnes (l’annonceur) pour augmenter les ventes de ses services ou produits. Ce faisant, la pub fait les affaires des agences publicitaires et des médias (diffuseurs), ainsi que de toute l’industrie publicitaire décomposée en sous-métiers nombreux (régies pub, agences de placements, agences de mannequins, boîtes de recherche marketing, d’analyses des publics, etc).
Ne nous y trompons pas, si la pub se porte si bien – les investissements publicitaires avoisinent les 1.000 milliards de dollars par an dans le monde – c’est aussi qu’elle trouve de solides soutiens dans le monde politique. Les élus ont en effet recours de multiples façons aux techniques de l’industrie publicitaire : pour leurs campagnes électorales, ils font de plus en plus appel à des spécialistes du marketing ; pour financer certains services, ils ont facilement recours à la pub qui fait rentrer de l’argent dans les caisses. La pub profite donc aussi à la logique électoraliste.
Qui l’organise ? Les pouvoirs publics sont censés l’encadrer, mais l’on sait que le lobby publicitaire, appuyé par tous les lobbies des clients de la pub, c’est-à-dire tous les lobbies productivistes, ont une influence majeure sur le processus démocratique par lequel est bâti le cadre qui réglemente la pub. Devant tant d’argent, les élus politiques ne bronchent pas et ouvrent le plus souvent grand les portes à la pub.
Quels type d’actions réalisez-vous ?
Nous organisons des actions de désobéissance civile non-violente qui consistent à cacher la pub, en la recouvrant d’un dispositif (papier ou draps pour l’instant) qui neutralise le message commercial en le rendant invisible et qui permet de faire passer un autre message. Ce sont des actions collectives, réalisées à visage découvert, en plein jour.
Nous sommes convaincus que la colonisation de l’espace public par la pub est un problème et même un danger, et nous estimons que cette invasion est contraire à certains droits fondamentaux, comme le droit à la liberté de choisir l’information que l’on reçoit, le droit à la liberté d’expression et le droit à la protection d’un environnement sain. Nous ne nous en cachons donc pas : nous cachons la pub.
En moyenne combien de temps reste un de vos montages ?
Nous ne le savons pas très bien. Certains sont enlevés dans l’heure par les afficheurs (JC Decaux et Clear Channel principalement), mais d’autres sont restées plus de 24 heures. Notre dernier montage est resté en place au moins 24 heures. Il s’agissait de quatre fresques de 8 m² reproduisant chacune un dessin du dessinateur Titom où l’on voit une table dressée et une planète en forme d’assiette avec sa légende que nous avions reproduite en français, anglais, néerlandais et allemand : « La publicité nous incite à consommer le monde sans modération ».

Existe-t-il d’autres formes d’actions anti-pub ?
Oui, il est possible de résister à l’invasion publicitaire de multiples façons : en interpellant des élus, en écrivant aux entreprises, en signant des pétitions, en n’achetant pas de produits pour lesquels il y a de la pub, en diffusant des textes critiques, en collant l’autocollant « stop pub » sur sa boîte aux lettres, etc. Différentes associations sont actives dans ce domaine et proposent des modes d’actions variés. Vous pouvez retrouver certaines de ces associations à partir des liens de noter site : www.cacheursdepub.be
Avez-vous des relations avec d’autres groupes antipub ? Vous rattachez-vous à une plus grande plateforme, « structure »... ?
Certains membres du collectif font partie d’associations antipub, mais pas tous. Le Collectif est tout à fait autonome et n’est pas rattaché à une structure.
Existe-t-il a Bruxelles ou en Belgique d’autres groupes contre la pub ? Si oui, en quoi vous différenciez vous des autres organisations ?
Il y a d’autres collectifs, spontanés ou moins spontanés, qui font régulièrement des actions antipub. Il y a eu par exemple les actions de collage d’affiches critiques dont certaines critiques de la pub à l’occasion de mai 2008 (« mai 68 – mai 2008 » ), une action à l’occasion d’un évènement publicitaire sexiste avenue Louise (Louise High Heels), organisé par un collectif créé à l’occasion : « les sold’@ ».
Il y a par ailleurs des associations actives sur le thème de la pub : Vie féminine par exemple fait des actions contre la pub sexiste ; il y a aussi les associations qui se sont regroupées dans la plate-forme « VAP » (Vigilance – Action – Pub : ) et d’autres.
La spécificité du collectif caCHeurs de pub réside surtout dans son mode d’action : de la désobéissance civile non violente. Nous faisons des actes de désobéissance au grand jour.
Y a-t-il des risques juridiques à vos actions ? Si oui, qui les endossent (individu, collectif) ?
Oui. C’est important de le souligner parce que lorsque l’on participe à l’une de nos actions, on prend un risque juridique. Il est d’ailleurs difficile à estimer. D’une part nos actions contreviennent aux dispositions des règlements communaux de police qui prévoient que l’on ne peut pas recouvrir un dispositif publicitaire, même si nous ne les dégradons jamais.
Les condamnations des « déboulonneurs » de pub français (www.deboulonneurs.org) sont jusqu’ici restées symboliques. Mais il y a donc des risques juridiques à chaque action, c’est certain. Chacun des cacheurs de pub qui fait activement partie du collectif assume sa responsabilité personnelle et est solidaire des autres cacheurs. Nous sommes également assistés d’un avocat.
Plus largement, quels sont les risques (juridiques) liés aux actions anti-pub ?
Cela dépend beaucoup du type d’action. Si vous dégradez la pub, vous encourrez un autre risque juridique que si vous ne la dégradez pas, de même que le risque change si vous êtes seul ou en groupe, etc. C’est impossible à dire, reportez vous notamment aux règlements communaux de police.
En faisant des actions de désobéissance civile non-violente, on prend également toujours un risque d’être confronté à la violence, soit de personnes qui n’apprécient pas nos actions, ne les comprennent pas et ne cherchent pas à les comprendre, soit des forces de l’ordre qui pourraient réagir de façon musclée (notons que jusque là nous n’avons eu aucun souci). L’un des objectifs de la stratégie non-violente est précisément de créer une atmosphère dans laquelle la violence ne prend pas et de mettre en place des dispositifs pour pouvoir la désamorcer au besoin.
A qui s’adressent vos actions, comment peut-on y participer ?
Nos actions s’adressent donc au politique et au public, c’est-à-dire à tout le monde. Tout le monde peut y participer en tant que spectateur et nous vous invitons à y venir parce que l’efficacité de nos actions dépend aussi du nombre de personnes présentes. Les spectateurs ne cachent pas la pub pour éviter le risque juridique. Mais une action est toujours l’occasion de se faire connaissance, de chanter une chanson antipub et de venir chercher de l’information relative à la pub et aux façons d’y résister, etc.
Comment se prépare une action ? Pouvez-vous nous raconter comment s’est montée l’opération de ce samedi matin ?.
Sans entrer dans les détails : un groupe s’occupe de repérer les lieux de l’action et de la façon de procéder en s’assurant que la ou les pubs cachées permettront de s’adresser à un nombre important de personnes. Si besoin est, on construit les dispositifs de recouvrement, par exemple cette fois il s’agissait de quatre patchwork de 9 m² artisanalement confectionnés et peints par des cacheuses et des cacheurs à partir de draps de récupération, pour la cohérence s’il vous plaît :-) Ensuite on communique le lieu et l’heure de rendez-vous. Le jour de l’action, chacun sait ce qu’il a à faire et on cache tout en sensibilisant le plus possible les passants en discutant et en distribuant des tracts à ceux qui le souhaitent.
Avez-vous des échos suite à vos actions ? Positive ou négative, au niveau de l’impact... ?
Généralement, les contacts avec les passants sont très bons. Il y a une écrasante majorité de personnes qui trouvent que la pub est débile et qu’elle n’est pas à sa place dans la rue. Cette fois (pour l’action d’octobre), le quotidien La Capitale est venu à l’action et a fait un article positif qui selon nous rend bien compte de l’esprit de l’action. Les médias sont peu bavards sur les questions liées à la publicité, mais on arrive quand même à avoir des échos ci et là (vous pouvez les retrouver sur notre site web).
On compte beaucoup sur la presse associative qui est la dernière à relayer des informations critiques qui sont de moins en moins présentes dans les mass-médias. L’occasion de vous remercier pour cette interview écrite d’ailleurs et de vous souhaiter une bonne continuation.
D’un point de vue organisation, comment fonctionne votre collectif (très structuré, juste une plateforme...) ?
Nous n’entrerons pas trop dans les détails parce que c’est inutile :) Mais nous sommes organisés pour essayer de remplir au mieux nos objectifs et prendre nos responsabilités.
Avez-vous d’autres actions de prévu dans un futur proche ?
Pour l’instant nous avons décidé de faire une action tous les derniers samedis du mois à 11 heures. Peut-être que nous organiserons aussi des actions pour différentes occasions, nous verrons bien. En tout cas nous sommes bien décidés à continuer tant qu’il le faudra et nous vous invitons à la prochaine action qui risque d’être très esthétique.