Pour les cent vingt ans de Louis Lecoin
(1888-1971), se tiendra le 4 octobre, à Saint-
Amand-Montrond (Cher), une rencontre intitulée
Créateurs de paix. « Le désarmement
unilatéral, c’est la plus belle de toutes mes campagnes
! »
Pour les cent vingt ans de Louis Lecoin
(1888-1971), se tiendra le 4 octobre, à Saint-
Amand-Montrond (Cher), une rencontre intitulée
Créateurs de paix.
« Le désarmement
unilatéral, c’est la plus belle de toutes mes campagnes
! »
Cette parole de Lecoin demeure d’une
brûlante actualité. P’tit Louis a laissé en héritage
à l’Union pacifiste (UPF), association de
consciences insoumises, cette campagne pour
le désarmement unilatéral qui, dans le louable
souci d’être mieux comprise, a été rebaptisée
en 1989 « Pour une France sans armée ».
Chez les réfractaires au port des armes en
toute circonstance, cette action touche la substance
de leur raison d’exister : la suppression
de l’armée. Cette profonde motivation est
aussi partagée par les membres du réseau de
l’Internationale des résistants à la guerre
(l’IRG).
Pacifiste intégral jusqu’au bout de ses
ongles, d’après l’ami Raymond Rageau (un
des fondateurs de l’UPF), P’tit Louis emportait
toujours l’adhésion par son humanisme, sa
lucidité et sa volonté tenace. Faites-vous votre
opinion personnelle en lisant ou relisant son
autobiographie [1] !
Quoi de plus logique, d’évident et de
concret, si l’on est déterminé à lutter pour
l’abolition de toutes les guerres, que le désarmement
unilatéral (DU), que l’action afin
d’abolir l’armée et reconvertir l’industrie de
l’armement en production de biens socialement
utiles. Il ne vient à l’idée de personne de
persévérer dans une entreprise folle, ruineuse
et criminelle. Pourquoi donc continuer à gaspiller
tant d’argent et de vies pour l’armée et
les guerres ?
En France, l’idée du désarmement unilatéral
a été mise en forme par Sébastien Faure,
puis reprise par des anarchistes ou des humanistes
aussi intègres que Robert Jospin, Roger
Monclin, Jean Gauchon, Maurice Laisant, ou
Thérèse Collet, pour ne citer qu’eux.
Trop simple, clament les professionnels de
la dialectique ! Pourtant en signant chacun la
déclaration de principe de l’IRG – « La guerre
est un crime contre l’humanité. Pour cette raison je
suis résolu à n’aider aucune espèce de guerre et à lutter
pour l’abolition de toutes ses causes. » – nous
nous engageons, de plus en plus nombreux,
sur la seule voie qui permette de mettre hors
la loi les assassinats patriotiques.
Lecoin, qui incarnait sa pensée dans ses
actes, n’en démordait pas : avec le DU, généralisation
de l’objection de conscience à
l’échelle d’un pays, la France, puissance de
deuxième ordre, montrerait à la planète
l’exemple du seul niveau économiquement
réaliste du budget militaire : zéro.
L’idée d’une France débarrassée de son
armée, rejoignant les quelques trente petits
États [2], qui vivent déjà plutôt mieux que les
autres sans école du crime, apporterait déjà un
progrès colossal à l’humanité. Un de ces sauts
qualitatifs essentiels depuis la maîtrise du feu.
Les vrais pédagogues, atteints du virus de
l’émancipation, ont tous rêvé du DU. P’tit
Louis, lui, est passé à la réalisation. Précurseur
de la communication moderne, il a bâti un
plan. Son Comité de personnalités pour le DU
reste un modèle du genre. Le fer de lance en
était le journal Liberté, épaulé puis remplacé
après la désertion définitive de Lecoin par le
mensuel Union pacifiste. Si vis pacem, l’émission
antimilitariste sur Radio libertaire
(89,4 MHz en Île-de-France, ou dans le
monde entier par le site Internet http://rl.federationanarchiste.
org) relaye depuis 1983 cette idée
qui ressemble à l’oeuf de Colomb. Un oeuf qui
tient aussi debout grâce à Victor Hugo : « Ôtez
l’armée, vous ôtez la guerre ! »
En multipliant les outils de ce que les
généraux (auxquels nos compagnons Boris
Vian et Jacques Prévert ont donné leur vraie
dimension de fossoyeurs de l’intelligence)
appellent toujours la propagande, P’tit Louis
s’est montré un des plus habiles stratèges pacifistes.
Il inspirera, sans qu’ils en aient
conscience, jusqu’à Desmond Tutu ou Adolfo
Perez Esquivel…
L’IRG, dont le conseil d’administration se
tient du 29 au 31 octobre en Euzkadi, au coeur
d’une région marquée par la manipulation de
la violence militariste, prône depuis 1921 le
refus de tuer. Dans le droit fil de Lecoin, elle
lutte pour dépasser les préjugés de l’incompréhension,
du nationalisme, du patriarcat, du
sexisme, des partis pris politiques, religieux et
philosophiques. Elle développe de drôles de
techniques de résistances civiles non violentes
à l’usage de chaque individu pour mieux faire
toucher du doigt que la véritable force n’est
pas suicidaire, comme la violence des groupes
armés, mais se trouve dans l’esprit critique, la
construction de solidarités, la création
altruiste et l’humour humaniste.
Actuellement, l’IRG met en place un soutien
international en faveur des pacifistes
colombiens, directement assassinés par les
armées (nationales, guérillas, paramilitaires,
mercenaires). Elle amplifie les initiatives antimilitaristes
prises par la société civile en
Afrique (où les gens savent de quoi ils parlent
face aux exactions des groupes armés). Ses
méthodes pratiques, en dehors des médias
dominants, telle la recherche d’informations
par le biais des déserteurs, insoumis et réfractaires,
permettent de mettre en évidence des
situations tragiques (Cabinda, Érythrée,
Caucase, Corée…).
Elle a lancé une action spécifique, reprise
par toutes ses sections, « Contre les profiteurs
de guerre » [3]. Elle pointe les vrais responsables
des guerres, aujourd’hui souvent des firmes
multinationales, des groupes du secteur de
l’armement, des holdings financières, des
sociétés de mercenaires, etc.
Tout cela fait partie de notre campagne
mondiale pour le désarmement unilatéral si
chère au coeur de Louis Lecoin et réactualisée
par notre initiative pour une France sans
armée. Parallèlement nous menons des opérations
contre l’Otan (comme « Nato game
over », le 22 mars 2008 à Bruxelles). Cette
alliance militaire, qui exporte la guerre
notamment dans les Balkans et en
Afghanistan, célébrera ses soixante ans les
3 et 4 avril 2009, à Kehl et à Strasbourg.
À noter que ce sera l’occasion d’une importante
mobilisation, pour faire mieux
connaître les initiatives « Pour une Europe
sans armée ».
[René Burget, délégué Union Pacifiste Française à l’Internationale des Résistants à la Guerre] dans « Le Monde libertaire » du 25 septembre au 1er octobre 2008