Entre 30.000 et 40.000 antifascistes se sont opposés à la tenue du congrès que Pro Köln, un groupe raciste actif à Cologne, a essayé d’organiser avec d’autres partis d’extrême-droite dont le Vlaams Belang.
Les 19 au 21 septembre, Pro Köln, un groupe néofasciste allemand actif à Cologne, a essayé d’organiser un congrès « anti-islamisation » en collaboration avec d’autres partis d’extrême-droite dont le Vlaams Belang (VB). Pro Köln, qui compte cinq élus municipaux, se présente comme un mouvement « citoyen » qui dénonce la « dénaturation » de l’Allemagne et en particulier la construction d’une grande mosquée à Cologne.
Annonce de 1.500 participants et d’orateurs internationaux, dont Filip Dewinter (leader du VB), Mario Borghezio, député européen de la Ligue du Nord, et une délégation du FPÖ autrichien comprenant son secrétaire général Harald Vilimsky. Tapage médiatique avec des posters montrant la cathédrale de Cologne à l’ombre de la mosquée, tracts fustigeant les « sociétés parallèles », campagnes de signatures contre le projet et la politique d’intégration de la municipalité, visite en bus ce week-end des quartiers « multiculturels » de la ville pour les invités… Malgré ces efforts énormes, le congrès raciste de Cologne a été un flop total. Ce sont « seulement » 300 néofascistes qui ont fait le déplacement d’après les médias allemands. Et, confrontés à des sit-in et à d’autres actions menées par des contre-manifestants, moins d’une cinquantaine d’invités de Pro Köln avaient réussi dans la matinée du 20 septembre à rejoindre le lieu de rendez-vous des festivités.
De surcroît, le rassemblement public prévu par Pro Köln samedi en milieu de journée dans la vieille ville derrière le slogan « Stoppez l’islam ! » a été interdit au dernier moment par la police, pour raisons de sécurité. Des jets de pierre auraient en effet eu lieu la veille et des manifestants violents auraient essayé de voler les armes de policiers. La police affichait le chiffre impressionnant de 3.000 hommes, mobilisés par crainte notamment que des militants d’extrême gauche n’en décousent avec les sympathisants de Pro Köln comme ils l’ont déjà fait.
Mobilisation massive
L’échec de la mobilisation raciste est d’autant plus flagrant — et réjouissant — que la ville de Cologne comptait entre 30 et 40.000 antifascistes venues à l’appel de nombreuses organisations syndicales, religieuses, antifascistes libertaires... Environ 20.000 personnes auraient participé à des blocages non-violents pendant que les autres manifestaient dans la ville. Le Vlaams Belang n’a pas pu aller jusqu’au lieu de rassemblement, Filip Dewinter a été obligé de ce fait de tenir un meeting improvisé à l’aéroport.
L’extrême droite a été humiliée. La force de la mobilisation antifasciste est venue de son caractère local et associatif. L’appel du maire Fritz Schramma (CDU) à s’opposer au congrès raciste n’est peut-être pas non plus étranger à l’importance de cette contre-manifestation, très familiale.
La lutte anticapitaliste mais pas seulement
En Allemagne comme ailleurs, la lutte contre le racisme doit être liée à la lutte pour une alternative au système capitaliste. Car, aussi longtemps que les partis traditionnels mèneront une politique qui appauvrit la population, l’extrême droite trouvera un terreau fertile pour s’enraciner.
Mais la lutte anticapitaliste ne suffit pas : renforcer l’éducation, travailler à la tolérance et à l’échange constituent aussi des axes importants. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir que l’audience de Pro Köln provient d’un rejet irrationnel des « étrangers » par certains habitants et de l’absence de dialogue. « Libération » a d’ailleurs rappelé pour mémoire que « Jusqu’en 2002, Pro-Köln était un groupuscule insignifiant. Cette année-là, la municipalité conservatrice de Cologne, soucieuse de « faire sortir l’islam des arrière-cours », veut construire une mosquée « représentative » pour les 120 000 musulmans de la ville. Un projet ambitieux : Avec ses deux minarets hauts de 55 mètres et une capacité de 2 000 places, la mosquée de Cologne doit devenir la plus importante d’Allemagne . Mais dès le début, l’affaire est mal engagée. Contrairement à Duisburg (où une mosquée représentative de 1 200 places doit ouvrir fin octobre, sans heurts), les autorités n’associent ni les Eglises, ni les habitants au projet, laissant la voie libre à la contestation. En quelques mois, Pro Köln rassemble 28 000 signatures contre le projet, et rafle 4,7 % des voix aux élections municipales de septembre 2004. Le groupe d’extrême droite engrange jusqu’à 17,7 % des suffrages dans le quartier de Merkenich, à la suite d’une virulente campagne contre un foyer de demandeurs d’asile occupé par des Roms. »
C’est probablement la combinaison des différents angles d’attaques – dialogue, éducation, lutte syndicale… — qui permettra de battre en brèche les idées d’extrême droite, à défaut d’en venir à bout.
Sources : site du MAS du 21/09/08, AFP du 20/09/08, « Libération » du 20/09/08