Une partie de la population est exclue de la croissance et les inégalités s’accroissent, s’inquiètent certains syndicats.
Les problèmes sociaux (santé, logement, salaires) reviennent en tête des préoccupations pour les Russes dans de nombreux sondages réalisés avant la présidentielle. Et les promesses libérales de Dmitri Medvedev, qui voudrait qu’une partie « significative des fonctions assumées par l’État » soit prise en charge par le secteur privé, inquiètent certains - syndicalistes. Ainsi Micha constate : « Certains secteurs comme la santé sont déjà suffisamment dégradés malgré les crédits officiels, alors je ne sais de quoi l’avenir sera fait. Mais il est sûr que les couches les plus pauvres vont souffrir de ce programme. »
Une enquête récente du centre Levada indique que la sécurité sociale apparaît comme une des priorités pour les Russes avec le logement. Aujourd’hui, le système de santé s’est effondré et a permis à des maladies comme la tuberculose de ressurgir, faute de soins.
Ces défis sociaux attendent le nouveau président qui connaît bien ces problèmes pour avoir dirigé sous Vladimir Poutine, depuis 2006, les quatre « projets nationaux » (logement, éducation, agriculture et santé). Un programme qui l’a rendu assez populaire. « Le plan Poutine 2020 en parle. Attendons de voir s’ils vont le réaliser », prévient prudent Micha.
La situation sociale apparaît aujourd’hui préoccupante car la croissance (7 % par an) ne profite essentiellement qu’aux riches. La société russe devient de plus en plus inégalitaire, ce que de nombreux Russes remarquent comme Volodia. « Je gagne tout juste ma vie, mais lorsque je me rends chez des amis à l’extérieur de Moscou et que je compare notre niveau de vie, cela n’a rien à voir. Pauvre à Moscou, je serais riche là-bas. » Ces inégalités, très présentes dans la capitale, le sont encore plus d’une région à l’autre et entre des populations rurales et urbaines.
La plupart des syndicats ressentent cette colère monter chez les salariés qui se sentent de plus en plus exclus des richesses qui croissent fortement avec les revenus de la rente provenant des hydrocarbures. Et rien dans le programme de Medvedev n’évoque la redistribution et l’abolition d’un impôt à taux unique de 13 %. « Depuis des années tout revient aux mêmes personnes : ceux d’en haut. Autour de moi, les gens ont connu une légère hausse de leur salaire mais avec les prix qui flambent, cela ne suffit pas », déplore Anna, une jeune institutrice. Pourtant depuis 1999, les salaires réels ont plus que doublé, permettant au salaire moyen de retrouver un niveau comparable à celui existant au moment de la chute de l’URSS.
[V. K.] dans « L’Humanité » du 29 février 2008