La participation du tribun d’extrême droite au nouvel exécutif a été désavouée.
Un tremblement de terre dans le landerneau politique helvétique, d’habitude consensuel ! Les deux chambres du Parlement réunies ont refusé hier de réélire au Conseil fédéral (gouvernement) Christoph Blocher, le ministre sortant de la Justice et la Police et chef de file du parti de droite extrême UDC. Il n’a fallu que deux tours de scrutin pour qu’une coalition de circonstance formée des députés de la gauche, des Verts et des démocrates-chrétiens évince celui qu’un de ses six collègues au gouvernement avait qualifié il y a quelques mois de « fascisant » et de « duce ».
À sa place, l’assemblée a préféré porter son choix sur une figure de la tendance centriste de l’UDC, Eveline Widmer-Schlumpf. Cette dernière ne siège pas au Parlement fédéral mais occupe les fonctions de ministre des Finances du canton des Grisons. Au nom de la concordance, on a donc élu une UDC… Le coup de théâtre a toutefois pris des allures de crise politique et institutionnelle du fait d’un diktat de l’UDC lui-même : avant le vote, le parti de droite extrême avait menacé le Parlement de quitter le gouvernement avec armes et bagages si ce dernier n’était pas réélu, provoquant ainsi la fin de la fameuse « formule magique ». Cette particularité du système politique helvétique - destinée à arrondir les angles et éviter l’alternance - signifie que les quatre grands partis historiques du parlement (UDC, socialistes, radicaux et démocrates-chrétiens) sont tous représentés au Conseil fédéral.
L’UDC, qui était sortie grand vainqueur des législatives d’octobre (près de 30 % des voix) après une campagne ouvertement raciste, a réussi à conforter sa place de première formation politique du pays. Ce vote d’éviction, expliquait le vice-président des Verts suisse, Ueli Leuenberger, constitue « un rejet clair du système Blocher et de son aile zurichoise de l’UDC, danger pour notre système de concordance ». « Blocher est un chef de parti d’opposition ; il n’avait pas sa place au gouvernement », affirme de son côté le sénateur tessinois Dick Marty. Pour tous, c’est désormais une période d’incertitude qui s’ouvre, le plus grand parti du pays, même divisé comme apparaît aujourd’hui l’UDC, gardant une indéniable capacité de nuisance et de blocage.
Quoi qu’il en soit, si l’élue UDC surprise, menacée d’exclusion par son parti, a demandé un jour de réflexion, il apparaît quasiment acquis que Blocher n’a plus de chance de retrouver son maroquin perdu.
[Ramine Abadie] dans « L’Humanité » du 13/12/07