Ce 10 décembre, en cette journée internationale des droits de l’Homme, la Ligue des droits
de l’Homme a décidé de récompenser le meilleur du pire en matière d’actions et de mesures portant atteinte, en Belgique, à ce droit fondamental qu’est le respect de la vie privée
Ce 10 décembre, en cette journée internationale des droits de l’Homme, la Ligue des droits
de l’Homme a décidé de récompenser le meilleur du pire en matière d’actions
et de mesures portant atteinte, en Belgique, à ce droit fondamental qu’est
le respect de la vie privée
Pourquoi un prix « Même pas peur ! » ? Depuis plusieurs années, la Ligue des
droits de l’Homme et ses joyeux juristes constatent la mise en place de
mesures dictées par la peur et la suspicion : peur des jeunes, peur des
étrangers, peur du chômeur, peur des mouvements sociaux… Bref, tous les
symptômes du fameux sentiment d’insécurité que ressentirait la population
belge.
Ces mesures ou projets de mesures portent souvent atteinte à la vie privée,
à la liberté et à la dignité des individus : couvre feux dans certaines
communes, caméras de vidéo-surveillance à tous les coins de rue, écoutes
téléphoniques, surveillance du courrier électronique, fichage des militants
politiques, fichage des délinquants, jobpass pour les chômeurs...
Trois prix sont à remettre :
la catégorie meilleur espoir
- la catégorie meilleure confirmation
le prix spécial du jury
1. CATEGORIE MEILLEUR ESPOIR
Sont nominés :
Le FOREM
Après le Job Focus – étude lancée par le Forem pour mieux comprendre les
pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs, voici le Job Pass ! En
effet, en juillet dernier, le FOREM lançait sur son site un vibrant message
aux milliers de demandeurs d’emploi wallons : « le job pass va vous rendre
les choses plus simples et vous faire gagner du temps pour votre recherche
d’emploi. Car grâce à ce nouvel outil, vous aurez ainsi une vision plus
claire des actions entreprises dans le cadre de votre recherche d’emploi ».
Enfin ! Une initiative pour clarifier la vision des chômeurs quant à leurs
actions ! Voilà ce qu’il manquait pour résoudre l’endémie du non emploi
wallon ! Ce jobpass actuellement testé en région montoise mais dont on nous
dit déjà qu’il sera généralisé à la région wallonne prochainement est une
carte à puce généreusement distribuée à toute personne sans emploi. Glissé
dans certaines bornes spécifique, le job pass obligera enfin le sans emploi
à tenir à jour son dossier et d’y intégrer l’ensemble des actions qu’il a
entreprise pour trouver un emploi. Parce que c’est bien connu un chômeur n’a
pas de mémoire. Et c’est sans doute une qualité qu’il partage avec
l’ensemble des conseillers qui peuplent le FOREM et autres structures
publiques de mise à l’emploi puisque ces derniers auront évidemment accès –
et c’est là tout l’intérêt du système – aux informations que le chômeur
intégrera dans son herbier de la loose. Le job pass sera-t-il enfin le
moteur d’une Wallonnie qui se lève tôt et qui gagne à la chasse aux chômeurs
et à la pèche aux vilains canards ?
Les chercheurs en dentisterie de la KUL
Déjà réputés pour les test dentaires qu’ils opèrent en vue de prouver ou non
la minorité des prétendus mineurs non accompagnés, les services de
dentisterie de la KUL ont pris récemment une autre ampleur par la
réalisation d’un projet pilote consistant à intégrer la puce de notre carte
d’identité électronique dans l’une de nos molaires ! Formidable non ?
Résistant aux températures les plus extrêmes ainsi qu’à l’humidité, cet
ingénieux système reposant sur une puce RFID lisible à distance nous
permettra notamment d’être plus rapidement identifiés lorsque notre avion se
crashe ou si un tsunami nous transporte de la vie à trépas. Malheureusement
trop coûteuse, la recherche est actuellement suspendue faute de moyens.
Parce que n’allez pas croire que ce sont les questions éthiques de
protection des données personnelles ou celles relatives à la déontologie
d’un personnel médical qui taraudent les chevilles ouvrières du projet… Non
non non, il s’agit avant tout d’une sombre histoire de gros sous. C’est bien
dommage : un dentiste qui nous accueillerait par un vigoureux « vos papiers
» tout en nous passant un self scan sous le nez, ce serait tout de suite
plus sympa.
La police de Bruxelles-Nord
Vous n’avez pas pu l’entendre (il émet moins de 65 décibels) et vous n’avez
pas pu le voir (il mesure moins d’un mètre). Pourtant lui il vous voit ! Lui,
c’est le nouveau joujou testé depuis l’été par la zone de police Bruxelles
Nord : il s’agit d’une caméra placée sur un drone c’est-à-dire un engin
volant miniaturisé et téléguidé depuis le sol. Les images filmées sont
directement communiquées à un ordinateur portable voire même dans des paires
de lunettes spéciales portées par les policiers tentés de plus en plus
semble-t-il par la vague du télétravail. C’est vrai qu’entre une police de
proximité et une police équipée de lunettes que même on peut voir des films
dedans, on n’hésite pas un seul instant. Petit souci cependant : le 4
décembre dernier, le drone s’est écrasé à plusieurs kilomètres de la zone où
il était censé être testé ! D’après les premières conclusions de l’agent
Longtarin il semble que cet outil ne soit pas adapté à son usage urbain dans
la mesure où nos immeubles créent des courants d’air qui déstabilisent
l’engin (authentique). En tout cas ce crash ne semble pas déstabiliser David
Yansen, chef de zone Bruxelles Nord, qui féru d’avions téléguidés songe déjà
à commander à la firme Eurotronics de nouveaux modèles inspirés par ceux
testés à Paris ou à Liverpool capables aussi de détecter la fumée de
voitures en feu et de propager du gaz toxique sur certains manifestants trop
virulents…
Le lauréat de la catégorie meilleur espoir est … les chercheurs en
dentisterie de la KUL !
2. CATEGORIE MEILLEURE CONFIRMATION
Sont nominés :
Jacques Brotchi
D’abord neurochirurgien, ensuite sénateur, et aujourd’hui baron, Jacques
Brotchi est avant tout un humaniste. Ne nous confesse-t-il pas sur son blog
que son bonheur personnel passe par celui des autres ? Ses compétences
médicales – nous lui devons la prouesse qu’Adamo chante encore – font de
lui un personnage écouté pour tout ce qui touche à la santé. Celles des
chanteurs sur le retour … certes mais ne pensez pas que le neurochirurgien
Brotchi ne s’occupe que de notre Salvator national. Ils aiment aussi
d’autres incurables comme il les appelle. Ainsi, et premièrement, les
séropositifs au bénéfice desquels il souhaite imposer par le dialogue bien
sûr qu’ils transmettent le nom de leurs partenaires sexuels récents afin que
l’on puisse opérer, toujours par le dialogue, des tests de détection ciblés
sur ces populations à risque. Deuxièmement, les pédophiles. A chaque
disparition d’enfant, le sénateur Brotchi se fend d’une carte blanche et
d’une proposition de loi dans laquelle il vise à prévoir, à la suite d’une
peine de prison, une thérapie chimique pour aider ces monstres à calmer leur
pulsion, monstres dont il s’agira également de suivre la trace grâce à une
puce GPS sous cutanée… Mais ne voyez pas malice dans ce foisonnement
généreux de projets visionnaires : notre bon baron ne prend ces initiatives
que pour respecter les droits fondamentaux et ouvrir un débat sans tabou. Un
humaniste on vous disait.
Le ministère de la Justice et le ministère de l’Intérieur
Pourquoi ne pas prendre modèle sur la construction européenne qui rassemble
sous un même pilier la Justice et les Affaires intérieures ? Ce serait tout
de même plus simple et éviterait bien des nuances conceptuelles désormais
désuètes. La coalition violette aussi contre nature puisse-t-elle être n’a
en tout cas pas eu à se plaindre du superbe numéro de duettistes dont nous
ont gratifié, à gauche, enfin dit-elle, Laurette Onkelinx ; à droite, c’est
sans doute plus clair, Patrick Deweal. Quand le premier appelait la
population à dénoncer les sans papiers, c’est la seconde qui donnait
l’exemple en poussant le zèle jusqu’à dénoncer un belge, Bahar Kimyongur,
aux autorités turques. Quand Laurette tentait de faire passer au forceps un
projet de loi réglementant la récoltes de données par la services de
renseignement et offrant un poste sur mesure à l’une de ses plus fidèles
collaboratrices, c’est Patrick qui joyeusement enjoignait les presses
boutons – heu pardon les parlementaires – à voter une loi sur les caméras
inutile et inapplicable. Laurette fit même mieux que son prédécesseur Marc
Verwilghen en amplifiant les méthodes policières d’enquêtes pas si
particulières tandis que Patrick oublia que l’expérience de la carte
d’identité électronique devait d’abord être évaluée avant d’être
généralisée. Pourquoi s’embarrasser d’évaluation quand il s’agit avant tout
de montrer qu’on travaille ? Et là on n’a beau dire : ils en ont abattus du
beau boulot à eux deux pendant 4 ans…
L’Association Belge des Banques (ABB) et la société SWIFT
Rien n’est plus beau qu’un échange de données. Quand en plus celui-ci permet
de lutter contre le terrorisme, pourquoi se priver d’un tel plaisir ? En
toute connaissance de cause, la vénérable association belge des banques,
traditionnellement attentive au secret bancaire, a tout fait pour empêcher
que son sous traitant la coopérative SWIFT ne soit pas en mesure de délivrer
des informations confidentielles réclamées par la justice américaine. Alors
que la réglementation européenne, bien moins rigide en cette matière qu’en
matière de regrouppement familial d’étrangers par exemple, prévoit des
contrats types non obligatoires permettant de baliser l’échange de données
avec des autorités non européennes, l’association belge des banques et son
cocontractant SWIFT ne se sont pas embarassés de telles lourdeurs
bureaucratiques. La scène fut longuement répétée : le gentil flic –
l’association belge des banques qui n’est que responsable du traitement des
données – et le méchant – SWIFT – simple sous traitant bien obligé de
répondre à une convocation judiciaire américaine puisqu’installée sur le
territoire US. Ah le fameux ‘’c’est pas moi et c’est sans doute pas lui‘‘
qui permet aux grands réseaux de dilurr leur responsabilité dans les
méandres volatiles de la société de surveillance. Preuve en est du succès de
cette stratégie : aucune de ces deux associations philantropiques n’a été
inquiétée judiciairement alors que les observteurs unanimes ont constaté la
violation de l’ensemble des règles belges et européennes de protection de la
vie privée. Mais puisqu’on vous dit que c’est la faute des américains si des
milliers de données bancaires ont été transférées illégalement. Ah bon alors
ça va.
La SNCB
On ne change pas une tactique qui gagne. Ainsi, après avoir installée 622
caméras réparties dans 14 gares du pays, toutes reliées à un Centre national
de contrôle et fort du succès de cette expérience – on cite comme résultat
le plus probant, le chiffre exceptionnel de 7% de graffitis en moins sur les
pubs obsènes ou les distributeurs automatiques de billet en panne – ; bref
après cette incontestable réussite, la SNCB se lance dans le projet
ambitieux d’équiper son réseau de 900 caméras supplémentaires d’ici 2010. Au
chemin de fer belge, on n’a pas de pétrole mais apparemment qu’une idée :
vidéosurveiller, vidésosurveiller et encore vidéosurveiller. Ce projet fera
figure de référence : il permettra au groupe ferroviaire de disposer du
réseau de vidéosurveillance intelligente le plus étendu du pays et l’un des
modèles européens de référence. Car le public ne veut pas des trains à
l’heure et bons marchés, le public mesdames et messieurs il veut de caméras
dans les gares c’est bien connu. D’ailleurs la SNCB c’est certes et déjà un
goût du voyage, c’est surtout et de plus en plus un goût du fichage…
Le lauréat de la catégorie meilleure confirmation est … SWIFT et
l’Association Belge des Banques (ABB) !
3. PRIX SPECIAL DU JURY
Le jury a décidé de décerner un prix spécial à un candidat plus que méritant : l’Orange bleue – Orange blauw. Le prix spécial du jury lui est attribué
pour l’ensemble de sa brève, mais déjà prolixe, carrière en matière de
violation de la vie privée. Dans son accord Justice, on note quantité
d’indices témoignant d’un enthousiasme non feint s’agissant de ne pas
réfléchir à la protection de notre vie privée. Sans pouvoir être exhaustif,
nous avons relevé les points suivants :
le projet « ça va se savoir ! » ; ou la coordination de la
circulation de l’information entre la sûreté de l’Etat, le service général
de renseignement, les ministres, les autorités administratives et
judiciaires :
le plan « surveillons-nous les uns les autres » qui encourage les
réseaux d’informations de quartier et de magasins :
l’opération « une caméra chez toi et une caméra chez moi et tout
le monde sera heureux ! » par le soutien à la privatisation de la sécurité
et les incitants fiscaux en matière d’investissements privés dans la
sécurité
l’initiative « tu peux pas voter, mais tu peux déjà être fiché »
ou un système d’échanges d’informations systématiques sur les jeunes
criminels :
et le déjà éprouvé « mais oui nous sommes tous des terroristes ! »
par l’adaptation des méthodes de recueil de données.
CONTACTS PRESSE :
Julien Pierret, président commission Justice LDH - 0498/302499
Manuel LAMBERT, juriste LDH - 0479/869081
David Morell : Chargé de communication – 0472/600639