Ce 11 septembre, la manifestation internationale contre la prétendue islamisation de l’Europe n’a rassemblé « que » 150 personnes. Ce qui n’a pas empêché un succès médiatique.
Se rassembler au pied du Parlement européen pour dénoncer une soi-disant islamisation de l’Europe, maintenir la manifestation malgré une interdiction du bourgmestre de la Ville de Bruxelles et du Conseil d’Etat, vouloir traverser des quartiers à forte population musulmane et choisir la date symbolique du 11 septembre pour créer un amalgame entre musulman et terroriste, c’est une provocation parfaitement révoltante. Mais médiatiquement payante.
Les journalistes étaient d’ailleurs bien plus nombreux que les petits groupes d’extrémistes qui avaient fait le déplacement ce mardi midi. Pourquoi ces racistes se seraient-ils priver d’une page de pub, quand elle ne coûte pas cher ? Tous les extrémistes arrêtés administrativement ont en effet été relachés quelques heures plus tard.
Le président du Vlaams Belang, Frank Vanhecke, et le leader historique du VB, Filip Dewinter, ont compris depuis longtemps la mécanique de la presse. Histoire de chauffer le thermomètre à scandale des journalistes, ils ont agressé le chauffeur du fourgon dans lequel ils étaient emmenés. Se retrouver avec les menottes aux poignets et avec une plainte de la police sur le dos, voilà qui a de la gueule... Les deux chefs du parti xénophobe auront beau jeu de se présenter en martyrs de la liberté d’expression auprès de leur électorat.
Pour le reste, la manifestation « internationale » de « Stop Islamisation of Europe » (SIOE) n’a rassemblé « que » quelques dizaines d’extrémistes. C’est encore trop mais rassure au regard des 20.000 personnes annoncées dans un premier temps par SIOE, une association composée notamment du parti danois anti-islam SIAD, du groupe néerlandais No Sharia Here et des Allemands de Pax Europa.
L’un des organisateurs de SIOE a dit regretter une « faible mobilisation ». Mais l’on peut se demander si celle-ci n’était pas prévue : il ne pouvait pas en être autrement un jour de semaine, à midi, d’autant que le rassemblement était interdit. En mobilisant un dispositif policier trop important par rapport au nombre de manifestants, SIOE a réussi à endosser le rôle de la pauvre victime qu’on tente de priver de son droit de parole. Avec les caméras et les appareils photos comme témoins. Un comble quand l’on connaît l’idéologie violemment raciste véhiculée par les militants présents.
La police a arrêté administrativement 154 personnes, dont plusieurs eurodéputés d’extrême droite (parmi lesquels l’Italien de la Ligue du Nord Mario Borghezio et le Français du Front National Carl Lang).
Une partie de ces manifestants, crane rasé et blouson noir, affichaient des écussons aux couleurs de la Flandre : la lie des nationalistes flamingants. Le Vlaams Belang et Nation avaient déclaré leur soutien à SIOE. Et Ugo Coveliers, membre du Vlaams Belang, a été l’avocat de Udo Ulfkotte, l’un des initiateurs du rassemblement. Et dire que les organisateurs de « Stop Islamisation of Europe » prétendaient n’avoir aucun contact avec l’extrême droite...
Source : « La Libre » du 11 septembre 2007