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Accueil du site > ARTICLES > Roland Garros, quand on est du mauvais côté du filet
Article publié le 8 juin 2007.

En trois mots : esprit sportif classieux. Mais l’envers du décor présente-t-il le même vernis de respectabilité ? Cela dépend de quel côté du pouvoir d’achat vous vous trouvez. Sous couvert d’un stage en milieu professionnel, on fait travailler de jeunes étudiants dans des conditions pas forcément confortables.

Vous n’ignorez certainement pas qu’un fameux tournoi de tennis a lieu pour l’instant à Boulogne. Bien des raisons poussent nos concitoyens à être enthousiastes à ce sujet, en particulier parce que le tennis belge est très en vogue actuellement, et ne manque pas de s’y illustrer. Quoi de plus naturel puisque cet évènement révèle un air de bon goût et de respectabilité. En trois mots : esprit sportif classieux.

Mais l’envers du décor présente-t-il le même vernis de respectabilité ? Hé bien, mon cher monsieur, cela dépend de quel côté du pouvoir d’achat vous vous trouvez. Dans la vente d’objets griffés qui est devenue incontournable dans ce genre de manifestation, la peau d’un étudiant jobiste ne vaut pas cher. Et le vernis s’effrite rapidement.

Sous couvert d’un stage en milieu professionnel, on fait travailler de jeunes étudiants à différents niveaux, surtout dans la vente et ceci, dans des conditions pas forcément confortables (c’est un euphémisme).

Témoignages à l’appui, voici quelques situations vécues à l’ombre des gradins huppés. Toute activité dans l’enceinte du tournoi commence par une demi-journée d’« endoctrinement » pendant laquelle les jobistes sont « mis au courant », alignés dans un court de tennis, de la teneur de leurs activités et de la discipline qui accompagne celles-ci.

Question d’image respectable, le port de la barbe pour le jobiste est strictement interdit. Si un barbu se présente quand-même, on lui tend un rasoir jetable ; si il persiste dans la pilosité, il est renvoyé pour la journée et au troisième manquement, il sera congédié. Oubliez la barbe de trois jours sexy, le poil « fait sale ».

Lors d’un début de journée particulièrement frais (ce qui a marqué le début du tournoi, personne ne le contestera), un manager oblige un « stagiaire » à se débarrasser de son manteau « parce qu’on ne voit pas le logo sur le sweat-shirt qui se trouve en dessous », le jobiste travaillant à l’air libre.

Des fouilles régulières sont organisées par les cadres de l’entreprise, pour éviter qu’un jobiste ne se permette de taper dans la caisse. Le type de logique d’entreprise qui règne là-bas commence tout doucement à se préciser. Un jobiste qui vient travailler la journée n’a pas le droit d’amener avec lui plus de dix euros d’argent liquide, sans quoi, lors d’une fouille, il sera automatiquement suspecté de taper dans la caisse. N’est-ce pas totalement ironique : si je suis jobiste, et qu’après tout cela, j’ai encore envie d’acheter un article dans les magasins de l’enceinte, je suis automatiquement suspect des pires délits si je transporte la somme en liquide destinée à mes emplettes…

Tout cela sans compter que les managers houspillent régulièrement les jobistes car le chiffre d’affaire n’est pas atteint, alors que les articles demandés sont en rupture de stock dans les différents stands de vente, stocks qui sont eux-mêmes gérés par devinez qui ? Des étudiants de 19 ans…

Et tous ça pour quoi ? Un jobiste de Roland Garros est payé moins que le SMIC, pour une charge de travail qui couvre 150 heures pendant la durée du tournoi. Peu importe de soigner ses employés, de toutes façons l’année suivante, une nouvelle cargaison de chair fraiche fera l’appoint de main d’œuvre, aussi ignorante de l’ambiance de travail que la cuvée de cette année l’était avant de commencer à travailler…

Mais ne gâchons pas notre plaisir : le sport est beau et pur, de fait, il y a sûrement moyen d’en tirer un maximum de marge bénéficiaire… Et pour l’éthique, repassez après le tournoi !

Un inspecteur du travail est passé au tournoi fin de cette semaine et a demandé à questionner les jobistes « stagiaires » sur leur travail. Sa conclusion est qu’une activité pour laquelle on a une journée de formation puis 3 semaines de travail non supervisées par un tuteur de stage n’est pas... un stage, mais bien un travail déguisé.

[Blaise]
Juin 2007

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