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Article publié le 25 décembre 2006.

Dans la matinée du 19 novembre 2006, plus de cent nazis allemands et français se sont réunis au monument aux morts de Rheinau-Memprechtshofen, afin de rendre hommage lors de la « journée de la commémoration des héros » à 27 soldats de la Wehrmacht tués dans une tranchée anti-chars.

Des événements révélateurs

Dans la matinée du 19 novembre 2006, plus de cent nazis allemands et français se réunissent au monument aux morts de Rheinau-Memprechtshofen, afin de rendre hommage lors de la « journée de la commémoration des héros » à 27 soldats de la Wehrmacht tués dans une tranchée anti-chars. Ces soldats sont célébrés comme « les meilleurs soldats du monde ». Cette année le nombre de participant a doublé. Le NPD, qui avait organisé le rassemblement, peut considérer cela comme un grand succès à mettre à son actif. [1] [2] Le même jour durant l’après-midi, un groupe de jeunes antifas a été violemment attaqué par des nazis. [3]

Une semaine plus tard dans la nuit du samedi au dimanche 26 novembre un homme de trente-cinq ans d’origine tunisienne a été attaqué et tabassé par par neuf skinheads [d’extrême droite] avec une telle violence qu’il a fini la nuit à l’hôpital. Les agresseurs étaient originaires du district allemand de l’Ortenau [4] et d’Alsace. Cette affaire a fait sensation dans la presse au niveau national... Dans la dernière semaine de novembre, beaucoup de gens ont pris conscience pour la première fois qu’il existe bien un problème sérieux avec les néonazis dans le district de l’Ortenau , pourtant si serein et si tranquille. Jusque là, l’existence d’une « base » du NPD dans l’Ortenau était connue tout au plus des lecteurs attentifs, et surtout des militants antifas.

La police elle-même, qui a arrêté cinq des agresseurs dans la nuit et a obtenu un mandat d’arrêt contre deux d’entre eux la semaine suivante, a dû reconnaître que le problème de l’extrême droite existe aussi dans l’Ortenau. Ceci est déjà un progrès : il y a un an et demi, pendant la coupe du monde de football, la police a minimisé notre perception d’un climat clairement teinté de racisme (surtout après le match où l’Allemagne a été éliminée). Des nazis, facilement identifiables à leur drapeau noir-blanc-rouge [5] n’ont a aucun moment été inquiété par la police pour qui ce drapeau était un banal « drapeau de fantaisie » qui n’évoquait aucun lien avec l’extrême droite. [6] Ainsi, la police et les medias ont attendu l’agression de Lahr il y a quelques semaines, où le racisme est apparu au grand jour sous une forme violente, pour reconnaître l’existence d’éléments d’extrême droite dans l’Ortenau. Mais, un jour plus tard, ils faisaient marche arrière : le jeudi 28 novembre ont paru deux articles qui nous ont particulièrement plu. Dans l’article du Badische Zeitung intitulé « L’extrême droite ne s’organise pas par-delà le Rhin », le degré d’organisation entre les nazis allemands et français est minimisé. Dans le Stuttgarter Zeitung, l’article intitulé « Une agression commise sous l’impulsion du moment » on rejette une partie de la faute sur la victime et le déchaînement de violence raciste est présenté comme un inoffensif incident à la suite d’une tournée des bars. On peut lire dans le Stuttgarter Zeitung : « Si, samedi soir, l’homme était passé quelques minutes plus tôt ou plus tard dans la Marktstrasse à Lahr, il ne se serait probablement rien passé. » Le Verfassungsschuttz [7] se contente d’évoquer des relations personnelles [en évoquant les liens transfrontaliers entre l’extrême droite allemande et française] et résume la situation comme suit : « On se connaît ». Dans le même temps, le Badische Zeitung et le Stuttgarter Zeitung ne cessent d’insister sur le fait que les agresseurs étaient ivres, et fournissent ainsi dès le départ au procureur une raison de requérir une peine peu sévère. La conception fasciste du monde de la part des nazis est ainsi « noyée dans l’alcool ». Elle ne joue plus aucun rôle, puisqu’on reconnaît implicitement qu’à jeun, ce sont de « gentils nazis ».

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Militants d’extrême droite lors de la commémoration à Rheinau

La réalité, c’est que les violences des fascistes peuvent frapper toute personne qui n’a pas sa place dans leur vision du monde, que l’agresseur soit imbibé d’alcool à ce moment-là ou pas. La réalité, c’est aussi que l ‘extrême droite alsacienne et les nazis allemands collaborent étroitement. Cette collaboration concerne aussi bien les partis et les organisations que la mouvance skin-nazis (appelés « boneheads »).

La coopération entre les milieux d’extrême droite allemands et alsaciens

Voici quelques exemples de la coopération entre organisations par-delà le Rhin :

La « Bewegung Junge Volksdeutsche Elsass-Lothringen » (BJVEL) [littéralement « Mouvement des jeunes allemands de sang d’Alsace-Lorraine »] D’une façon générale, cette organisation entretient un contact actif avec le NPD (régional) - en particulier avec la section locale de l’Ortenau.

Dès l’assemblée constitutive du NPD dans l’Ortenau le 7 mars 2004, des « Allemands d’Alsace » étaient déjà présents selon des informations provenant du NPD lui-même. [8] Il est certain également que, depuis au moins trois ans, la « BJVEL » participe à la « journée de la commémoration des héros » du NPD à Rheinau. Cette année, le fondateur et président Roman St. Luc lui-même a fait un discours devant le monument aux morts. Des photos de cette année et d’autres datant de 2004 montrent aussi des couronnes mortuaires déposées en commun sur le monument. Sur l’une des deux écharpes ornant les couronnes, on peut lire « NPD Ortenau », et sur l’autre « Bewegung Junge Volksdeutsche Elsass-Lothringen » [9]

A « l’université d’été » du NPD en 2005 en Rhénanie-Palatinat, des membres de la BJVEL ont servi d’interprètes. [10]

La BJVEL a pris part, avec ses propres banderoles, aux grandes manifestations organisées par le NPD en février 2005 et 2006, aux côtés de quelques 5000 participants venant des milieux d’extrême droite. [11] et [12])

Dans la mouvance des « Kameradschaften » [13], une collaboration active entre les nazis français et allemands peut également être démontrée :

Aux concerts nazis de Rastatt en mai 2005 [14] et de Karlsruhe en janvier 2006 [15], les participants se sont d’abord rassemblés sur des parkings en Alsace avant de se rendre aux manifestations en Allemagne. Des nazis français et allemands étaient présents à ces deux concerts. Le dernier grand concert nazi dont nous ayons eu connaissance en Alsace a eu lieu le 31 juillet 2004 (malheureusement, ils avaient oublié de mentionner la date sur les flyers...) à Hibsheim (à 25 km d’Offenbourg). Dans ce petit village, les activistes d’extrême droite alsaciens avaient loué la salle polyvalente pour une fête privée. L’après-midi, la « Kameradschaft de Karlsruhe » a organisé un tournoi de football qu’ils ont intitulé « Swastika Cup » (championnat de la croix gammée). Le soir, les groupes « Propaganda » (Allemagne) et « Brigade M » (Pays-Bas) ont joué devant 300 à 400 néonazis. La scène était décorée d’un aigle qui portait l’inscription « L’Alsace dans le Reich ». Cet événement a fait sensation au niveau international : même le New York Times et le Daily Telegraph britannique en ont parlé. Dans l’Ortenau, juste de l’autre côté de la frontière, c’est à peine si on pouvait lire quelques entrefilets sur le sujet. [16] et [17]

De tels concerts et de grandes manifestations avec des participants de plusieurs pays avaient déjà eu lieu à plusieurs reprises en Alsace les années précédentes. Le point culminant est certainement la fête d’avril 2003 à Ringendorf, lors de laquelle plus de 1000 néonazis ont célébré l’anniversaire d’Hitler. Dans le Badische Zeitung du 28 novembre 2006, la politologue mulhousienne Magali Boumaza évoque la collaboration étroite à l’époque entre la division-Blood-and-Honour , interdite depuis lors, et des éléments d’extrême droite allemands.

Organisons-nous pour faire barrage aux fascistes

Quand, en se fondant sur de tels faits (auxquels tout un chacun peut avoir accès grâce à Internet), la police et les journaux affirment qu’il n’y a pas de coopération organisée entre les milieux nazis allemands et français c’est peu dire que d’affirmer qu’ils minimisent la gravité de la situation. A vrai dire, il n’est pas étonnant que des événements dont on parle au niveau national et international ne trouvent dans la presse régionale que de faibles et décevants échos. De même, il est révélateur que les récents événements de Lahr aient rencontré si peu de résonances. Ils ont commencé par soulever l’indignation, puis leur importance a vite été minimisée, à nouveau. Ces incidents doivent bien évidemment être considérés comme des signaux d’alarme ! Le refus de vouloir voir la vérité en face peut rapidement conduire à ce que les nazis appellent les « zones nationales libérées » (« National befreiten Zonen »), c’est ce que montre d’une façon effrayante l’exemple de la Suisse saxonne [18]. Mais il y a aussi tant de petit village dans les vallées de la Schutter et de la Kinzig [19] où il est presque devenu normal que les nazis donnent le ton auprès des jeunes et dans les fêtes de village. Si, dans l’une de ces fêtes, une personne aux idées ou à l’apparence différentes devenait la victime des nazis, le rapport de police transformerait vite l’événement en une bagarre dénuée de toute signification politique. Pour s’opposer à de telles situations, l’existence de structures appropriées comme les groupes et les réseaux antifascistes est un facteur important. Comme la police et les politiques ne semblent pas disposés à s’attaquer au problème, nous nous voyons dans l’obligation de mettre en place et de développer de tels réseaux, qui jusqu’à présent n’existent dans l’Ortenau que sous une forme marginale. Pour cela, nous avons besoin de l’aide de tous ceux qui ne veulent plus accepter sans réagir que les nazis poursuivent avec succès dans notre région leur processus d’implantation durable.

Nous considérons, dans ces circonstances, les efforts soutenus de la part du DGB et du VVN/Bda [20], et dans le cas précis de Lahr par le « Bündnis gegen Neonazis und Gewalt » [Collectif contre les néonazis et la violence] comme allant dans le bon sens.

[ Antifa Offenbourg ], communiqué du 08 décembre

Ndtrice :

Les intertitres ainsi que les crochets dans le texte ont été rajoutés par nos soins pour faciliter la lecture et la compréhension du texte

VVN/Bda : Vereinigung der Verfolgten des Naziregimes/ Bund der Antifaschistinnen und Antifaschisten : Association des persécutés du régime Nazi/ Union des anti-fascistes. C’est la plus grande organisation antifasciste d’Allemagne.

(Traduction Cha)

Lu sur le site du groupe de Strasbourg de la Fédération anarchiste

Notes

[1] Les années précédente, la commémoration se faisait en petit comité, mais cette année, le NPD a changé de tactique et décidé d‘appeler ouvertement à un rassemblement par le biais d’Internet.

[2] http://aaog.blogsport.de

[3] http://www.de.indymedia.org

[4] L’Ortenau est le district allemand voisin de l’Alsace, une région faisant partie du Bade-Würtemberg, qui longe le Rhin et dont la ville principale est Offenbourg.

[5] Il s’agit du drapeau de l’Empire prussien (1871 à 1918) qui est très utilisé dans les milieux d’extrême droite.

[6] http://www.fastrasbg.lautre.net

[7] Le Verfassungsschutz est plus ou moins l’équivalent des Renseignements Généraux en France.

[8] http://www.suedlicher-oberrhein.npd.de/doc/2004-03-07_stuetzpunkt.htm

[9] http://www.suedlicher-oberrhein.npd.de/doc/2004-11-16_volkstrauertag.htm

[10] http://www.deutsche-stimme.de/Ausgaben2005/Sites/10-05-Europa.html

[11] http://de.indymedia.org

[12] http://de.indymedia.org/

[13] Les « Freien Kameradschaften » ont fait leur apparition au milieu des années 1990 suite à l’interdiction de nombreux partis néo-nazis. Ce sont des groupes informels qui rassemblent souvent les éléments les plus radicaux de l’extrême droite.

[14] http://www.germnews.de/gn/2005/05/22

[15] http://www.swr.de/nachrichten/bw/-/id=1622/nid=1622/did=1026590/h5kgt8/index.html

[16] http://www.turnitdown.de

[17] http://www.telegraph.co.uk/

[18] La Suisse saxonne est une région d‘Allemagne (dans le Land de Saxe).

[19] La Suisse saxonne est une région d‘Allemagne (dans le Land de Saxe).

[20] DGB : Deutscher Gewerkschaftbund : fédération des syndicats allemands.

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