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Accueil du site > ARTICLES > Expo - Théo Van Rysselberghe, peintre. Et anarchiste
Article publié le 11 février 2006.

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles rend hommage à Théo Van Rysselberghe, dans une exposition qui se tiendra jusqu’au 21 mai. Exploration de l’engagement anarchiste méconnu de ce peintre néo-impressionniste.

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles rend actuellement hommage à un peintre qui fut le représentant du néo-impressionnisme et de l’anarchisme en Belgique [1].

Théodore (dit Théo) Van Rysselberghe (1862-1926) est né à Gand dans une famille aisée qui comprenait des architectes, un ingénieur, un physicien. Il étudie la peinture aux Académies des Beaux-Arts de Gand et de Bruxelles. En 1884, un voyage en Espagne et au Maroc lui fait découvrir la peinture claire et les tonalités vives alors que ses premières oeuvres étaient plutôt sombres et académiques.

A son retour en Belgique, il participe à la fondation pui aux activités du Groupe des Vingt, dont le secrétaire est Octave Mans. Ce groupe avait pour objectifs de favoriser les liens entre les artistes français et belges, de lutter pour "la défense d’un art intransigeant" et d’être le représentant de "l’insurrection consciente et organisée contre l’académisme". A partir de 1881, Octave Mans publie la revue l’Art moderne.

A Paris, Théo Van Rysselberghe se lie d’amitié avec Georges Seurat. Au début, il n’est pas convaincu par ses théories sur le divisionnisme (pointillisme) mais la découverte du tableau-manifeste "Un Dimanche après-midi à l’Ile de la Grande-Jatte" (1884-1886) l’enthousiasme.

Jusqu’à la fin du siècle aux côtés de Paul Signac, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross, Charles Angrand, il pratiquera cette technique. Il sera à peu près le seul à l’appliquer aux portraits (portraits d’Octave et de Madame Mans, d’Emile Verhaeren...).

Mettre le feu à ses peintures

Théo Van Rysselberghe a toujours été un esprit frondeur et indépendant. Il traitait les peintures officielles de "putains de l’art". Il n’est pas étonnant qu’il adopte les idées anarchistes comme Signac et Camille Pissaro avec qui il se lie d’amitié. Il est également l’ami du critique d’art Félix Fénéon. D’après celui-ci, le fantasme de Van Rysselberghe aurait été de vivre en roulotte, faire des expositions itinérantes et, une fois le succès obtenu, mettre le feu à ses peintures, sans doute pour lutter contre la spéculation. Heureusement pour nous ses toiles ont survécu.

A la mort de Seurat (1891), Signac le charge de régler les problèmes de succession de celui-ci. En 1892, on trouve son nom dans une liste de donateurs à une souscription organisée par le journal anarchiste l’Endehors au profit des enfants d’un compagnon de Ravachol (anarchiste dynamiteur) emprisonné. Après la brève période d’attentats anarchistes de 1894, nombreux sont les anarchistes qui s’enfuient en Belgique pour échapper à la répression. Théo Van Rysselberghe est là pour les accueillir. Il rencontre l’écrivain libertaire Bernard Lazare, le géographe anarchiste Elisée Reclus, Camille Pissaro qui dira de lui : "Théo est vraiment charmant pour nous et fait tout pour nous rendre le temps agréable". Ensemble, ils iront peindre à Bruges et à Knokke, bien que Pissaro s’éloigne du divisionnisme qu’il qualifie de "froide exécution".

Les Temps nouveaux Théo Van Rysselberghe va participer à l’aventure du journal anarchiste Les Temps nouveaux [2]. Dès 1896, Jean Grave, animateur de la publication, appelait ses amis artistes à rejoindre le peuple dans sa révolte et à aider par leurs oeuvres à transformer le monde. Il veut bien donner des oeuvres au journal, mais n’est pas enthousiasmé par le dessin de commande. "Un dessin quelconque, par sa plastique, a suffisamment sa raison d’être et il aura son rôle éducateur autant qu’un dessin philosophique. Je suis inapte à ce genre-là de dessin : tous ceux que j’ai essayé de faire m’ont donné beaucoup de mal et sont à mes yeux archi-ratés."

Pour l’album de lithographies du journal, il donnera en 1897 "Les Errants" ; il réalise le dessin de couverture de la brochure du théoricien Pierre Kropotkine "La Morale anarchiste" en 1898 et fait un autre dessin en 1905. Il participe par ses dons aux tombolas de 1899, 1900, 1908 et 1912 et offre trois eaux-fortes en 1909. En 1901 avec Maximilien Luce et Lucien Pissaro, il illustre un livre pour enfants écrit par Jean Grave, "Les Aventures de Nono".

Un engagement durable

En 1896, Théo Van Rysselberghe voyage et peint en Hollande avec Signac qui lui avait offert en 1893 l’une de ses premières toiles de Saint-Tropez. A cette époque le Groupe des Vingt a été remplacé par la Libre Esthétique. Il en est l’un des membres fondateurs. Ce mouvement a pour principal but d’instaurer un art social. Il s’intéresse beaucoup à l’Art nouveau et aux arts décoratifs (meubles, bijoux, typographie, illustrations de livres).

La Lecture (1903) [source : http://en.wikipedia.org]

En 1898, il s’installe à Paris et fréquente les écrivains symbolistes. Un de ses tableaux, "La Lecture" (1903), met en scène autour d’Emile Verhaeren, poète socialiste belge, le peintre Cross, les écrivains Maurice Maeterlinck, André Gide et Francis Viélé-Griffin, le biologiste Henri Ghéon, le médecin Félix Le Dantec ainsi que Félix Fénéon qui fume une cigarette, debout contre la cheminée, l’air très détaché. Plus tard, il s’installera à Saint-Clair dans le Var où il peint de nombreux paysages.

A la fin du XIXe siècle, nombreux furent les intellectuels qui flirtèrent avec l’anarchisme. Chez la plupart des symbolistes, ce ne fut qu’une mode passagère [3]. Par contre l’engagement des peintres néo-impressionnistes fut beaucoup plus sincère et durable.

[Philippe de Miramas]

- Infos pratiques :
Tél : 02/507 82 00
Réservation : 02/507 82 00
Palais des Beaux-Arts
Rue Ravenstein 23
1000 BRUXELLES.

du 10 février 2006 au 21 mai 2006
du mardi au dimanche : de 10h00 à 18h00
le jeudi : de 10h00 à 21h00

adultes : 9 euros
+60 ans / -26 ans / étudiants / groupes : 7 euros
combi -18 ans demandeurs d’emploi : 6 euros
-18 / demandeurs d’emploi / :3,5 euros

Notes

[1] Exposition jusqu’au 21 mai 2006 au Palais des Beaux-Arts, Bruxelles

[2] Carole Reynaud-Paligot, Les Temps nouveaux (1895-1914), édition Acratie, 130 p.

[3] Ravachol, un saint nous est né, présenté par Philippe Oriol, éditions L’Equipement de la pensée, 127 p.

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